Tout-est-Job

Spechline François convertie en artiste et designer
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Un tap tap crée en moyenne 3 emplois: un chauffeur,  un guide pour les recettes et un manutentionnaire. Le secteur de la télécommunication continue de créer des emplois avec notamment des services sans lesquels l’internet et la téléphonie ne seraient même pas envisageable.  Primaire ou tertiaire, tous les secteurs influencent la croissance. L’informel ou le formel, tout contribue à rendre possible le quotidien de l’Haitien. Au final, qu’est-ce qu’un job? 

 

Haïti compte aujourd’hui près de 11 millions d’habitants (IHSI, 2015). Suivant la  pyramide d’âge, la part de la population en âge de travailler représente 6 296 351 habitants. Seulement 2.7 millions occupent une activités soit 58% dans l’informel selon cet institut national de recherche et de statistique. Deux millions cherchent désespérément du travail et 1.5 million de vivants ne travaillent pas et sortent des critères pour avoir le statut de chômeurs. La demande face à l’offre de travail dans le secteur formel est nettement déséquilibrée. Tiré du LeNouvelliste, Le projet  MPCE/PNUD/BIT HAI/99/001 estime qu’il faudrait une moyenne d’au moins 200,000 nouveaux emplois par année, au cours de la prochaine  décennie, pour faire face à la demande d’emplois structurés et éponger une partie du déficit accumulé dans le temps. La population de chômeur évolue constamment jusqu’à ce qu’une partie se résigne, s’exile dans des terres étrangères, ou se transforme en micro entrepreneur. Cette dernière catégorie  se réinvente dans des micro-activités qui représentent une proportion importante de notre économie. Elle  n’a toutefois pas encore été catégorisée et identifiée. Peu d’études récentes confirment pour le moment l’apport de chaque secteur d’activité de l’informel dans l’économie. Pourtant ce secteur contribue à plus de 80% dans l’économie. On retrouve parallèlement au secteur formel toutes les activités du  secteur informel. L’informel réinvente imite ou précède le formel  dans les 4 dimensions des activités économiques identifiées dans le pays( Primaire-Secondaire-Tertiaire – Digital).

Secteur primaire, la première et la grande

Le secteur primaire, agriculture et pêche, par défaut, représente la majorité des emplois créés soit plus de 38% sur la population qui mène une activité (formelle et informelle). Le secteur primaire domine totalement l’informel à près de 69% (IHSI,3EI, 2010). Le secteur primaire, juste à titre d’avertissement s’appauvrit. Les espaces arables diminuent et les terres produisent de moins en moins par mètre carré.  Les littorales sont de plus en plus polluées. Ce qui par conséquent affecte la productivité des pêcheurs. L’abandon des terres et des activités du secteur primaire vont de temps en temps déverser des chômeurs vers les autres secteurs. Par effet domino, la pression travaillistique débouchera sur d’autres crises additionnées à cette population à 90% fragilisé par les catastrophes naturelle et le réchauffement climatique (World Bank, 2017). Les travailleurs dans ce secteur sont en majorité des paysans sans terre, des agriculteurs petits planteurs, des grands planteurs. Aucune formation de masse n’a pu être inventée pour leur permettre d’apprendre les nouvelles techniques face aux nouveaux défis. Les professionnels formés pour la plupart sont des agronomes et des techniciens agricoles. Les catastrophes naturelles anexées au  rechauffement climatique, le deboisement continu minent les résultats d’un secteur qui s’appauvrit progressivement. 

Secondaire! vraiment?

Le secteur secondaire identifié par les activités de transformation de matières premières est principalement dominé par le textile dans le formel. Betterwork  évalue 40000 emplois dans ce secteur pour 2016. Toutefois tous les emplois soient les 100000 prévus en 2018 par l’ANATRAF viennent de la transformation de fruits, de produits alimentaires, des plantes aromatiques et médicinales.  Pierre Leger à lui seul estime que 27 mille familles vie de l’exploitation du vétiver. L’artisanat fait vivre plus d’un million d’Haïtiens directement et indirectement. Du fer découpé, passant par la cordonnerie jusqu’à la maroquinerie, Haïti se distingue dans le monde. Selon Frantz Duval, Artisanat en fête réunit à peu près 200 artisans reconnus. Dans le même article, l’éditorialiste confirme l’exportation de 350 000 chaussures de la marque collaborative  TOM’s.   L’agro-industrie est un secteur à cheval entre le primaire et le tertiaire. Sa survie et son developpement dépendent principalement de l’émancipation des secteurs qui l’entourent. Le secteur secondaire exige beaucoup de professionnels dans la transformation, l’emballage, l’abattage des animaux, le conditionnement, la conservation et la manipulation des machines. On ne trouve pas en quantité et qualité des formations pouvant propulser ce secteur. La plupart des professionnels évoluant dans ce secteur ne vont pas au dela de la classe de 3ème secondaire. Les ébénistes qui devraient pouvoir remplir le logement de la classe moyenne n’offrent pas encore des extrants de qualités. Faute de profesionnels de qualité, cette branche d’activité très porteur n’arrive pas à se moderniser.

Or, depuis 1991,  avec la venue des zenglendos, le fer forgé est devenu une matière indispensable dans le conception et dans la construction des maisons. Toutes les maisons ont été renforcées. Cette innovation contre le vol et les casses a orienté des milliers de jeunes à devenir ferronniers. Ils construisent dans l’informel des milliers de barrières, de portes, de clôtures et de fenêtres.  La main d’oeuvre  de la construction en Haiti sont au nombre de plus de 73 milles à travers le pays dont plus de 64% dans l’Ouest. De nouvelles  écoles de constructions bâtiments sont ouvertes mais n’accueille pas l’intégralité des professionnels nécessaires pour une maison finie. Il n’existe pour le moment aucun mutuel spécialisé qui font des prêts pour l’achat des matériels adaptés à la création d’ateliers.

Le boom certes, on attend le boomerang du tertiaire

Le secteur tertiaire, quant à lui, a connu un boom entre 2012 et 2016 en Haiti. La commune de Pétion-Ville à elle seule, dans cette période a connu l’ouverture de plus de 30 restaurants et  40 hôtels construits ou rénovés. Le dernier quinquennat a voulu tendre la main au tourisme par des incitations. En conséquence,  plus de 9000 chambres d’hôtels se sont ouverts pour accueillir plus de Quatre million de touristes ayant visité Haïti entre 2012 et  2016. Le tourisme, activité rentable et pillier de tous les secteurs ont créé, suivant le site de la primature,  15 mille emplois directs et indirects chaque année. Dans le secteur de la restauration, on peut compter sur des professionnels de qualité.  Durant cette même période, le courant touristique venait avec presque tout ce qu’il lui fallait pour avancer.L’ouverture et le renforcement de plusieurs écoles touristiques, une méthode de classification hibiscus pour renforcer l’image des hotels,  des incitatifs pour investir dans le secteur. Le secteur tertiaire est dominé par le formel. Dans l’hôtellerie et en partie la restauration on franchit la barre des 10 mille emplois. En ce qui concerne les institutions financières, on franchit la barre de 6000 employés notamment  banquiers, professionnels de maisons de change, des agents des maisons de transferts, des employés des mutuels et assureurs. Unibank,et Sogebank avec leurs innovations, Unibank Tout Kote, Soge IZI à elles seules atteindront les 5000 employés directs avant 2020 selon l’estimation de Jobjeune. Si les plus grandes banques d’Haïti, 100% dans le formel, créent autant d’emplois, d’un part,  il ne faut pas minimiser les “banques de borlette”. Les marchands de borlette font des payroll de plus 2000 salariés directs suivants nos estimations. Les multiples cabinets conseils, l’industrie de la beauté, les garages de services et les agences qui donnent de l’occupation à beaucoup de professionnels indépendants.

 

Malgré une difficulté à être pérenne, Il existe aujourd’hui plus 65% des 30 mille PMEs qui opère dans le services et qui emploient pour la plupart en moyenne 3 employés. Que dira-t’on du secteur de transport, basé sur nos estimations à partir du rapport de l’OAVCT (2016)? Plus de 237174 chauffeurs travaillent dans le transport public. On ne compte pas les 149536 motocyclettes enregistrés qui font le trafic partout à travers les routes d’Haïti. Un tap tap crée en moyenne 3 emplois: un chauffeur,  un guide pour les recettes et un homme de peine pour le chargement. Dans la restauration un  un marchand de “manje kwit” emploie en moyenne 3 aides cuisiniers et un commissionnaires. L’éducation n’est pas en reste, l’Education Nationale répertorie plus de 30 mille enseignants dans le préscolaire, 98 milles dans le fondamental 1er et 2ème cycle puis 56 milles dans le 3ème cycle. Les 16 mille établissements recensés en 2015  en moyenne emploient environ 4 personnes pour  pour l’administration et l’entretien. Dans le secteur  de la santé, l’aire métropolitaine compte 3 laboratoires pharmaceutiques, 35 dépôts et environ 200 pharmacies qui fonctionne légalement(MSPP,2014). Selon une étude conduite le MSSP sur les institutions sanitaires en 2015,  il existe 1048 structures sanitaires. Le secteur médical et paramédical n’échappent pas à l’informel, indirectement on aurait plus de 15000 personnes qui vivent directement de ce secteur.  emploi plus de 

L’administration publique, le meilleur mauvais exemple

L’administration publique, l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois après l’informel compte plus de 70 milles fonctionnaires (OMRH  & ENA, 2014). Seulement 29% ont atteint l’université. Ils sont environ 70% qui ne dépassent pas le secondaire. Sans déduction savante, suivant le rapport, 70% de fonctionnaires,  n’ayant pas de métiers spécialisés,  travaillent sur le tas jusqu’à maitriser ou pas ce qu’ils font. Si l’Etat est 100% formel, 98% de ses fonctionnaires n’ont pas été recrutés suivant une procedure formelle. Le secteur continue malgré tout de s’engorger de  fonctionnaires sans vraiment developper les services et améliorer les espaces pour une productivité. L’Etat faute moyen, donne un bon mauvais exemple en créant par tous les moyens des jobs mais malheureusement des ressources pas suffisamment encadrées pour aider tous les autres secteurs qu’ils sont appeler à encadrer. En tout cas, mieux vaut des jobs que pas du tout.  

Le secteur du digital, le vrai, peine à se formaliser

Haïti a connu en 12 ans une explosion de stations de radios. Suivant Jean Marie Altema, l’ex DG de la CONATEL cité par Le National, Haïti compte plus de 700 stations de radios dont plus de 300 fonctionnent encore dans l’informel. A noter qu’en 1986 Haïti ne dépassait pas la barre de 40 stations de radios.  La télévision  n’est pas la plus timide. Des images se diffusent chaque jour  sur plus de 103 chaînes de télés dans la capitale haïtienne contre moins de 30 en 2004. Le management de ces structures crée des jobs et requiert pour leur part des professionnels dans l’électronique et communication au quotidien. Entre les techniciens opérateurs, le personnel de soutient, les journalistes et les correspondants, la télévision a pu créer plus de 1200 jobs.  Digicel via Maarten Boute confirme créer en ce moment environ 1000 jobs directs et plus de 65,000 indirects. La Natcom devrait compléter le podium suivi des différents opérateurs télécom (Hainet, Access Haiti) avec plus 1192 jobs directs. Les BPO d’une forte potentialité vue par la directrice du CFI a une potentialité de créer plus de 7000 jobs.

Malgré les nombreuses opportunités de ce secteur, nous avons encore de pavé à asphalter. Les lois sont votées ne tiennent pas compte des plus grands enjeux du numérique dans l’économie. Aujourd’hui plus de  300 sites internet haïtiens, dont une dizaine dans le e-commerce fonctionnent sur le web sans être enregistrés au ministère du commerce, faute de loi cadre. Pourtant les réseaux sociaux, selon notre estimations créent plus de 1200 emplois directs et indirects en Haiti. On tient compte des photographes, des community managers et des graphistes qui travaillent sans cesse pour alimenter twitter, facebook et instagram des grandes entreprises et pme.

Conclusion

Cette revue des secteurs nous font comprendre que Tout est Job. De ce tout, l’informel est partout et influence positivement  la création d’emplois. Toutefois, on reconnaît qu’une bonne partie de la règle du jeu est négligée. Le secteur qui rapporte le plus d’emplois, à savoir l’agriculture et l’Etat n’obtient des universités et des centres de formation que très peu de professionnels. Si l’observatoire des métiers existaient, on aurait plus d’écoles de techniciens agricoles que d’écoles de comptabilité informatisées. Plus de un millions d’agriculteur pour seulement 60 professionnels en agrotechniques chaque années. L’Etat qui sert ses administrés via ses fonctionnaires auraient plus de cadres formés dans les services publics. Du coup, les universites auraient plus filières qui repondent au besoin de l’administration publique.

Dans le secteur secondaire, la transformation des produits agricoles et l’artisanat créent des emplois particulièrement des indépendants. Ce secteur devrait attirer notre attention en visant à former les professionnels de l’ébénisterie, de la maçonnerie, de la ferronnerie  à reconnaître l’importance de la finesse. On aurait pu les encadrer à cerner l’importance des normes, l’atout de l’emballage et du conditionnement du produit fini. Ces jobs se créent heureusement tous seuls mais attendent encore notre encadrement avec impatience. Nous devons les transformer et les valoriser. Nous avons à les identifier par secteur, par importance par cluster comme dirait Farel. Nous avons à comprendre qu’il faut identifier chaque activité menée par un humain qui fait tourner l’économie comme un job. A la fin, nous pourrons professionnaliser ce qui le font très bien, réorienter ceux qui peuvent mieux faire autre chose. Developper chaque professionnel, en définitif, c’est la démarche, à notre goût, qui peut directement developper notre pays.

 

A propos de l’Auteur

Johny Augustin est spécialiste en économie du travail, il est l’auteur du livre “Coopération et incitations dans le travail d’équipe” contributeur à Jobjeune.com et travaille comme commerçant pour une compagnie pétrolière.

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